Le mois de janvier 2008 se caractérise incontestablement dans les télévisions de service public par un vent de changement.
Ce changement est-t-il une conséquence des déclarations du Président de la République Française, Monsieur Nicolas SARKOZY, lors de sa conférence de presse du 8 janvier dernier ? Pour rappel, il a indiqué son souhait de priver les chaînes de télévision publiques françaises de publicité.
A peine l’opinion française s’est-elle remise de cette annonce que la Commission européenne a annoncé le 10 janvier dernier sa volonté de revoir les règles en matière de financement de l’audiovisuel public et a demandé aux Etats Membres de faire connaître leurs observations en la matière. Chaque Etat membre s’est vu remettre un questionnaire sur ce sujet.
Le Mouvement Réformateur a déposé une proposition de résolution (http://www.mr-pcf.be/News/21-01-08_PR-rtbf-missions-public-pub.php) au Parlement de la Communauté française visant à demander au gouvernement de lui communiquer son projet de réponse au questionnaire de la Commission et de soumettre ce projet au débat et au vote du Parlement avant le 10 mars 2008.
En Belgique francophone, cela concerne évidemment la RTBF. Quels sont les points qui font débat ?
Tout d’abord, le financement. En quelques mots, la dotation de la RTBF provient non seulement de la Communauté française mais aussi de la Région wallonne et de la Cocof (Commission communautaire française).
Le financement actuel des missions de service public de la RTBF dépend en partie des recettes de la publicité. Le plafond actuel de 25 % des recettes globales de la RTBF va passer à 30 % en 2010.
Ensuite, l’enjeu d’une telle réforme est évidemment budgétaire. Actuellement, la publicité représente environ 35 millions d’Euros. Avec cet argent, la RTBF peut notamment produire des programmes en interne. Ceci a comme corollaire qu’un certain nombre d’emplois en dépend. L’estimation actuelle est d’environ 300 emplois.
Enfin, au niveau du marché publicitaire, si telle réforme a lieu, les chaînes de télévision privées, qui seraient alors les seules à diffuser de la publicité, pourraient négocier à la hausse leurs tarifs. La diffusion en « prime time » se facturerait donc beaucoup plus cher. Cela créerait aussi un autre problème : les annonceurs perdraient certainement une partie de leur public – cible. Cela est-il acceptable pour eux? Selon des études réalisées, nous savons que le public des chaînes privées et publiques est différent. En terme de marketing, les annonceurs devraient trouver d’autres moyens de communication pour diffuser leurs publicités. Internet deviendrait dans cette optique une solution inévitable. Cela signifierait que les moyens affectés à Internet par les annonceurs, qui sont déjà importants, augmenteraient de manière significative.
Nous en arrivons alors au point crucial : comment serait financée la RTBF ? Quelles seraient les nouvelles sources de financement ? Faut-il prévoir un prélèvement sur les publicités diffusées sur les chaînes privées ? Quelles seraient les incidences budgétaires de ce nouveau financement ? Etc.. Ce sont ici que quelques exemples qui montrent toute la difficulté du débat.
Le débat devra surtout répondre à la question suivante. Nous savons que l’idéal d’un service public reste le financement de ses missions par l’Etat et non par le secteur privé. Tenant compte de la réalité, notamment les difficultés budgétaires de la Communauté française, faut-il en définitive maintenir le financement partiel des missions de service public par la publicité, lequel constitue une exception à cet idéal?
En conclusion, si le principe du financement des missions de service public par l’Etat devrait être maintenu, il ne sera pas facile de répondre à cette question: quel est le prix à payer par la collectivité en cas de suppression de la publicité sur les chaînes de télévision de service public?
Didier MAES
Secrétaire Politique